IMG_8753_edited.jpg

ANNE HUGARD, COLLECTIONEUSE

Pour cette dernière interview de Re-Touch, nous avons discuté avec Anne Hugard, collectionneuse Parisienne. Après avoir grandi et étudié en France, elle a vécu 17 ans à New York, avant de rentrer à Paris en 2018. Elle nous raconte le début de sa collection, et sa relation avec celle-ci.

Breakthrough + "Re-": Bonjour Anne, merci beaucoup pour votre participation dans notre projet. Pourrions-nous commencer par une petite introduction de vous-même, ainsi que le rôle qu’a l’art dans votre vie?

 

A. H.: Je m’appelle Anne Hugard, j’ai 46 ans, je suis associée d’une marque de bijoux depuis 17 ans. L’art, dans ma vie, c’est une expérience esthétique. J’aime bien m’entourer de choses que je trouve belles, et ce sont aussi des émotions, des souvenirs, des choses qui m’ont touchées, des moments de ma vie incarnés par des oeuvres. 

 

B+R: Quand vous étiez petite, est-ce que l’art faisait aussi partie de votre vie?

 

A. H.: Non, je n’ai pas grandi dans une maison avec des oeuvres d’art. Je ne suis pas allée au musée avec mes parents, et ils n’étaient pas collectionneurs du tout. C’est quelque chose que j’ai découvert relativement sur le tas, essentiellement grâce à un de mes amis. 

 

B+R: Du coup, quand est-ce que vous avez commencé à collectionner, et comment?

 

A. H.: J’ai commencé à collectionner à New York, quand j’avais 27 ou 28 ans, avec un ami qui connaissait bien le monde de l’art contemporain, et qui m’a fait découvrir plein de choses. Je pense qu’à cet âge-là on y va plus à l’instinct, j’ai vu une pièce qui me plaisait et donc je l’ai achetée. J’y ai mis moins d’intention que je ne mets aujourd’hui, c’était comme un coup de coeur. Je n’avais pas réfléchi à ce que la pièce pouvait dire, ou comment elle pouvait s’inscrire dans l’histoire d’une éventuelle collection. C’était juste un moment partagé avec mon ami, une découverte de l’artiste, quelque chose qui me plaisait tout simplement. Aujourd’hui, cette pièce a son importance parce que c’est la première, elle est fondamentale, mais elle est un petit peu en dehors de ma collection.

Quand on met sa collection au mur, on a des thèmes qui apparaissent de manière évidente alors qu’on ne les conceptualise pas forcément au moment de l’achat, au début. C’est quand on commence à avoir quelques pièces, en les voyant accrochées, qu’on a cette réalisation de “Ah mais en fait, elles disent toutes la même chose!” Par exemple, moi j’ai beaucoup de pièces qui ont un rapport à l’enfance, et je n’en avais pas conscience au moment où je les ai achetées. Maintenant j’en suis consciente, et j’en joue un peu, mais au début c’était totalement inconscient.

 

B+R: Et maintenant que vous en êtes consciente, est-ce que vous essayez de vous éloigner de ça, ou au contraire, vous essayez de créer une cohérence dans ce que vous achetez?

 

A. H.: J’écoute mon instinct avant tout, mais c’est vrai que si dans ce vers quoi je tends il y a une espèce de résonance avec ce thème-là, je vais m’y attacher encore plus, parce que malgré le temps, ce thème reste quelque chose qui me parle, qui me touche. 

 

B+R: Nous avons interviewé plus tôt une psychologue qui nous a donné son opinion sur l’acte de collectionner l’art. Elle nous a expliqué que finalement posséder un objet statique comme une pièce d’art révèle les changements en nous, même si notre vision de cette pièce peut évoluer. 

 

A. H.: Oui, et l’intérêt d’une collection aussi c’est de la présenter différemment. L’accrochage est extrêmement important, il raconte des histoires. On se rend compte en déménageant que l’on peut raconter des histoire différentes avec les mêmes oeuvres, juste en les mettant en résonance les unes avec les autres de manière différente. Parfois il faut avoir le courage, même sans déménager, de tout réarranger! On les voit de manière complètement différente. Pour certaines pièces même, on les revoit parce qu’elles pouvaient être dans un endroit où on n’allait pas souvent, où elles n’étaient pas mises en valeur… 

 

B+R: Comment prenez-vous soin de votre collection? Et est-ce que ce soin est apporté dans une perspective de conservation, pour mieux montrer, ou plutôt d’investissement?

 

A. H.: Pour moi ma collection n’est pas du tout un investissement, elle est purement émotionnelle. Je fais attention en fonction du support de l’oeuvre de la nettoyer sans l’abîmer. Mais après je sais qu’il y a certaines oeuvres qui vont s’altérer. Par exemple mes dessins à l’encre de Daniel Johnston sont déjà décolorés, les photos peuvent l’être aussi au fil du temps, mais l’alternative serait de les garder dans des entrepôts, et je ne collectionne pas dans cette optique-là. Je fais du mieux que je peux pour que les pièces ne soient pas abîmées. Je ne voudrais pas que cela ajoute une dimension de stress, et surtout que cela révèlerait trop l’aspect de leur valeur financière pour moi, ce qui n’est pas comment je vois ma collection. 

 

B+R: Quelle est votre vision pour votre collection dans le futur?

 

A. H.: J’aimerais avoir la chance de pouvoir la compléter. Je n’ai jamais rien vendu de ma collection, mais je me demande si je le ferai un jour, ce que ça voudrait dire. J’accroche tout ce que j’ai, donc il n’y a pas de sens pour moi d’accumuler jusqu’au moment où tous les murs sont remplis. Chaque pièce a son sens, il y en a qui m'apaisent, d’autres qui me motivent. 

 

B+R: Avez-vous des vues sur un.e artiste spécifique de qui vous voudriez acheter une pièce un jour?

 

A. H.: Oui! Il y a une artiste que j’ai repéré depuis longtemps, mais ça ne s’est jamais vraiment fait pour l’instant: Marilyn Minter. Elle est très féministe, elle fait des peintures photoréalistes, des bouches avec des diamants… Un jour!

 

B+R: Pour finir, pouvez-vous me montrer votre pièce préférée, et m’en parler un peu?

 

A. H.: Donald, de Joyce Pensato, représente ma vie à New York. Mon ex-mari et moi l’avons acheté en 2007 ou 2008. C’est Disney, le symbole des USA, avec ce côté dégoulinant, presque dégoûtant, un peu effrayant, qui est l’Amérique! Mais en même temps c’est très

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Courtesy Anne Hugard

esthétique, reconnaissable, avec un côté à la Pollock. C’est une pièce qui a une vraie présence et une vraie puissance. Et Donald à New York, puis Donald à Paris, ça veut dire deux choses complètement différentes. Ici il a un côté plus interpellant, on y voit toute sa texture, il prend de la place. À New York, avec la manière dont il était accroché, il rentrait presque dans les meubles. Il y avait un côté plus évident. À Paris, Donald avec les moulures de l'appartement, ça représente l’histoire de ma vie! Et dans une période comme aujourd’hui, encore plus. 

 

B+R: On sent clairement que vous avez une relation très émotionnelle avec vos oeuvres.

 

A. H.: Oui, et par exemple celles que j’ai choisi de mettre dans ma chambre sont celles qui me sont les plus près du coeur.

 

B+R: Est-ce que vous en avez envers lesquelles vous changez d’avis souvent?

 

A. H.: Absolument, il y en a que je ne rachèterais pas aujourd’hui. Mais je ne regrette pas de les avoir achetées, elles continuent à avoir un sens, elles me font sourire. 

 

B+R: Merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à mes questions, et de m’avoir montré un petit aperçu de votre collection.

 

A. H.: De rien, merci à vous!

Cette interview a été réalisée en français par Anna Lataillade.