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DAVID DING, COLLECTIONNEUR DE DISQUES

Pour notre interview Re-Touch suivante, notre équipe, composée ici de Yanan He, a eu un entretien approfondi avec David Ding, un collectionneur passionné de disques. Il nous a raconté son histoire et les détails de sa fascinante collection.

Équipe Breakthrough + "Re-" : Bonjour, merci d'avoir accepté de faire cette interview! Pourriez-vous vous présenter ainsi que votre profession s'il vous plaît?

 

D. D.: Bonjour, je suis David Ding, un producteur de films d'art chinois principalement axé sur les films basés sur des faits réels, les films d'archives et les films expérimentaux. Je suis également organisateur du Festival international du court-métrage de Beijing. En plus de cela, je travaille comme critique de cinéma.

 

B + R: Les disques vinyles sont-ils votre collection principale? Combien de pièces avez-vous

environ ?

 

D. D.: Oui, bien que j'ai collecté plusieurs objets, les disques vinyles restent ma principale

collection. Au total, j'ai entre 7 000 et 8 000 disques dans ma collection.

 

B + R: Comment avez-vous eu vos premiers disques vinyles? Depuis combien de temps les

collectionnez-vous?

 

D. D.: La génération de mon grand-père collectionnait des disques vinyles de Russie (URSS).

J'ai commencé à écouter des disques 78 tours à un très jeune âge. En dehors de cela, j'ai

écouté des disques réalisés par la China Record Corporation pendant la révolution

culturelle. Quand j'étais plus jeune, j'écoutais beaucoup de disques de musiciens de l'Union

soviétique, et à cette époque, j'ai hérité de 20 à 30 disques de mon grand-père. Maintenant,

je collectionne continuellement depuis 11 ans.

 

B + R: Pourquoi collectionnez-vous des disques vinyles?

 

D. D.: Je ne collectionne pas juste pour le plaisir de collectionner. Après avoir écouté des

tonnes de musique classique, vous vous rendrez compte que les médias numériques, les

technologies de streaming que nous utilisons, ne peuvent pas imiter de précieux documents

historiques. Cela inclut l’âge d’or de la musique classique des années 60, 70. Il existe de

grands documents historiques, cependant, vous ne pouvez pas trouver de médias contemporains à écouter. Donc, le seul moyen reste les disques vinyle. Au tout début de ma collection, je collectionnais des disques rares et épuisés, puis je me suis progressivement transformé en collection d'autres types de disques

 

B + R: Comment choisissez-vous votre collection?

 

D. D.: Les disques vinyles classiques constituent une sorte de collection professionnelle. Au début, j'ai choisi ma collection en fonction de son contenu, de sa musique. Si le contenu ne m'intéressait pas, je n'y touchais pas. Le contenu comprend les pistes, les compositeurs, l'orchestre, les musiciens. Si je suis intéressé par le contenu, je regarde leur date de production;, qui est rarement écrit clairement dans le dossier, de sorte qu'il faut une certaine expérience pour faire des recherches à ce sujet. Je m’intéresse également à la maison de disques, ainsi qu’à l’édition dont il s'agit. S'il s'agit d'un disque extraordinaire, vous pouvez avoir des dizaines d'éditions; par exemple, le disque du Concerto pour piano n ° 1 de Tchaïkovski en si mineur, op. 23, joué par le pianiste américain Van Cliburm qui s'est produit au Concours international Tchaïkovski à Moscou. Ce disque, produit par la société RC en Amérique, compte, en tout, une trentaine d'éditions différentes.  Du point de vue de la collection,  le meilleur scénario serait d'obtenir la première édition,  la première

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

réalisée. En dehors de ceux-ci, je choisis les disques en fonction de s'ils ont quelque chose de spécial, s'ils sont signés par l'artiste, s'ils ont une couverture limitée ou s'ils utilisent une peinture que j'aime par exemple.

 

B + R: Avez-vous des catégories précises dans votre collection?

 

D. D.: J'ai trois catégories différentes dans ma collection: principalement la musique classique, le jazz progressif, la musique folk et les standards de musique étrangers.

 

B + R: Lorsque vous collectionnez de la musique classique, y a-t-il un instrument spécial que vous préférez? Ou toute autre préférence?

 

D. D.: Oui, j'aime le clavicorde, également appelé clavecin. Sinon, j'écoute beaucoup de musique ancienne, des opéras du XVIIesiècle, qui sont assez particuliers dans le domaine de la collection. Je collectionne également les œuvres de néo-compositeurs du XXe siècle, que l'on appelle aussi musique classique néo-classique ou contemporaine, comme Karlheinz Stockhausen, Alban Berg, Pierre Boulez. Mes goûts sont assez controversés, en partie parce que j'ai trop écouté de la musique classique. Chopin, Beethoven, le travail de Brahms me sont bien trop familiers, j'en ai même de très bons disques. J'ai rassemblé leur travail au début de ma collection, j'ai donc acquis toutes les connaissances que je voulais sur eux. En outre, la collection est une procédure périodique. Il y a cinq ans, je cherchais les morceaux germano-autrichiens de chefs est-allemands et des œuvres de compositeurs polonais et tchèques. Une fois que mon objectif atteint, mes intérêts changent. Maintenant, je collectionne principalement les œuvres jouées par le clavecin.

 

B + R: Comment prenez-vous soin de vos collections?

 

D. D.: Ma collection est principalement placée chez moi et j'ai vendu celles que

je n'aime pas.

  

B + R: Quelle sont les normes de vente?

 

D. D.: Il n'y a pas de normes spécifiques, je les donne principalement à mes amis.

Il y a environ six ou sept ans, j'ai acheté beaucoup de choses, et la plupart du

temps vous finirez par avoir des disques en mauvais état. Ensuite, je les donne

à mes amis ou je les jette. Autrement, lorsque j'ai des disques très précieux dans

lesquels je n'ai plus aucun intérêt, je les vends.

 

B + R: Au cours de votre procédure de collection, y a-t-il un objectif final? Ou

seulement des objectifs périodiques?

 

D. D.: J'ai un but oui, mais pas qu’un. La différence entre le collectionneur et

l'amateur est que la collection est une carrière et que vous avez donc besoin

d'un plan de collection. Surtout dans le domaine des disques vinyles, vous ne

pouvez pas acheter au hasard, vous avez besoin d'une spécialisation. Dans ce monde, il y a beaucoup trop de disques, vous ne pouvez pas tous les acheter! En Amérique latine, il y a un célèbre collectionneur qui a acheté des millions de disques, mais c’est une autre histoire. Quant aux collectionneurs comme nous, lorsque vous achetez des disques, vous pensez aussi à eux en termes de place qu'ils occupent. Par conséquent, nous visons à collectionner les petites et précieuses branches de l'histoire du disque vinyle.

 

Par exemple, il y a une série que je collectionne depuis de nombreuses années, c'est une société d’Allemagne de l’est appelée «Eternal». Pour le 200e anniversaire de naissance de Beethoven, ils ont rassemblé toute une collection de son œuvre; c'était de grande qualité et très précieux. Ils ont fait des éditions limitées pour les officiers chinois à l'époque comme cadeau de Noël. J'ai environ 80 disques de la série que je collectionne actuellement, et j'ai besoin de 20 disques supplémentaires pour la terminer. Un autre exemple est la compagnie de jazz progressiste en France appelée BYJ, qui avait produit beaucoup de disques de free jazz dans les années 1970. Ces disques sont produits par des musiciens retrouvés par l’entreprise, et sont très rares. Jusqu'à récemment, je ne les avais jamais vus, mais aujourd’hui j'ai rassemblé trois cinquièmes de tous les disques. En Amérique, il existe une société appelée ESP DIC, et il est beaucoup plus difficile d’obtenir des disques à cause des prix très élevés, mais j'en ai quand même un tiers. Ils ont fait près de 120 types de disques différents, et j'en possède 40. Quant aux standards de musique étrangers, mon préféré est une petite production en Inde, car trouver leur musique folk en bon état est très rare.

 

Concernant les disques, s’ils sont en plastique et que l’ancien propriétaire ne s’en est pas occupé, les dégâts sont très visibles. L'état des archives est très important; les chances pour qu’un disque survive 30 ans en parfait état sont relativement élevées. Cependant, un disque des années 50, donc âgé de 70 ans, est très difficile à trouver dans des conditions parfaites.

 

B + R: Qu'est-ce qui vous attire le plus, le disque lui-même ou le contenu du disque?

 

D. D.: C'est une relation d'échange, il est difficile de les séparer, les deux sont importants. Recevoir un excellent disque en très bon état, ce serait le bonheur absolu.

 

B + R: Si vous pouviez utiliser un mot ou une phrase pour vous décrire, vous et votre collection, que diriez-vous?

 

D. D.: C'est difficile à décrire, je ne me sens pas comme leur maître. Je ressemble plus à un étudiant qui les écoute, les regarde. Même quand je les tiens, c’est un sentiment très intime, une sorte de relation physiologique. Ils sont différents des CD ou des supports numériques, ils sont âgés, la plupart sont beaucoup plus âgés que moi. Ils sont comme mes vieux amis et me transmettent tout leur savoir.

Images procurées par David Ding.

Cette interview a été réalisée en chinois par Yanan He.

Traduction en français par Alexandra Balaresque.