MIDI, ENTREPRENEUR

L'entrepreneur chinois Midi est un youtubeur et propriétaire d'Artoallect. Afin d'élargir la notoriété de son magasin, Midi fait la promotion de son entreprise via des plateformes de médias sociaux gérées individuellement. Dans les vidéos qu'il réalise, lui et son équipe utilisent des moyens simples et compréhensibles de communiquer avec leur public. Les vidéos parlent d'artistes contemporains chinois, de la situation du marché de l'art, des ventes aux enchères et des artistes de marques de mode. Grâce à notre entretien avec lui, nous avons une meilleure compréhension des marchands d'art contemporain orientés vers le marché, comment ils visent à obtenir un profit plus élevé, tout en conservant une valeur artistique.

 

B + R: Bonjour Midi, et merci beaucoup d'avoir accepté de participer à cette interview. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vous?

 

Midi: Je suis né dans une famille artistique, et je collectionne moi-même depuis plus de dix ans. Il y a six ans, j'ai ouvert ma première boutique et nous avons maintenant deux magasins physiques à Shanghai appelés Artoallect.

 

B + R: Vous réalisez de courtes vidéos sur le site chinois Bilibi, parlant du monde de l'art contemporain chinois. Qu'est-ce qui vous a donné l'idée de réaliser ce genre de vidéos?

 

Midi: Mon équipe et moi avons commencé à faire des vidéos en 2016, mais nous nous sommes arrêtés pendant un moment. Au début, nous avons pensé à en faire des publicités pour notre magasin, mais le résultat n’a pas été bon; les spectateurs des vidéos d'art sont majoritairement des étudiants, qui n'ont aucun revenu et ne peuvent donc pas devenir nos clients. Après cela, nous avons précisé notre direction pour faire des vidéos sur l'art. Il y a deux ans, nous avons remarqué la tendance explosive des vidéos au format court, et avons recommencé pour voir si le marché avait changé. (Mais en réalité, rien n'a changé!)

 

B + R: Quel genre de logique et de mentalité avez-vous lorsque vous faites les vidéos? Avez-vous un but précis?

 

Midi: Notre mentalité est assez simple; nous utilisons une manière compréhensible de parler à toute personne normale de l'art des cinquante dernières années, un art pour lequel le grand public pourrait avoir une réaction. Au début, nous avons pensé que c'était réaliste car il n'y a pas beaucoup de gens qui créent ce genre de vidéos, puis nous avons constaté que la raison était probablement parce que le retour sur investissement était très bas. En Chine, lorsque vous parlez de Van Gogh, Picasso, vous utilisez surtout la voie de l'éducation traditionnelle. Cependant, quand on parle d'art contemporain chinois, la plupart des publics, y compris les étudiants qui étudient l'art, n'en ont jamais entendu parler. La plupart d’entre eux ne comprennent pas et le public ne s’est pas nécessairement transformé en clients. Pour l'instant, nous essayons de maintenir notre audience, ou du moins de ne pas voir de grosse baisse. De nombreux comptes similaires gérés par des particuliers qui ont démarré au même moment ont changé d'orientation ou ont tout simplement abandonné.

 

B + R: En tant que personne qui n'est pas complètement une initiée ou une étrangère, lorsque je regardais vos vidéos, j'ai trouvé que le contenu était vraiment facile à comprendre mais pas superficiel, et qu'il était également facile à retenir. Alors, comment décidez-vous quoi dire dans une vidéo?

 

Midi: C'est une illusion, en fait beaucoup de gens ne comprennent pas! Nous avons fait une expérience: nous avons invité 10 étudiants d'universités chinoises de haut niveau. Certains diplômés sont de l'Université de Xiamen, étudiant le tourisme, d'autres sont de l'Université du Sichuan. Mais tous les retours que nous avons reçus étaient «je ne comprends pas», et ils n’avaient jamais entendu parler de la plupart des artistes que nous avons mentionnés. Donc, ces types de vidéos ont un public très restreint. En ce qui concerne le texte dans les vidéos, nous organisons des expositions dans nos magasins physiques, nous utilisons donc ce type de moyen pour parler à nos clients. Dans la vidéo, nous pensons que les amateurs qui ont un peu de connaissances pourraient comprendre, donc ça va.

 

B + R: Sur la plate-forme vidéo chinoise Bilibili, qui a un large public, vos vidéos visent à atteindre des étrangers, des amateurs, pas seulement les connaisseurs d'art, ainsi que de nouveaux collectionneurs. Comment décidez-vous du thème de chaque vidéo?

 

Midi: Nous suivons essentiellement le courant. Nous n’avons pas un nombre de vues très élevées, nous n’avons donc pas autant de pression, nous faisons tout ce que nous voulons.

 

B + R: Votre public a un groupe Wechat (médias sociaux chinois), pourriez-vous nous dire pourquoi et quel type de public peut être ajouté à ce groupe? Sont-ils des amateurs d'art? Des initiés? Quel type d'activités ou de contenu allez-vous y mettre?

 

Midi: Nous avons créé ce groupe parce que le public le voulait. Il y a un petit nombre de ces personnes qui achètera réellement des choses. Pour l'instant, nous discutons principalement, nous n'avons pas encore de taux de conversion élevé.

 

B + R: Lorsque vous parlez à des publics extérieurs, quelle est la chose la plus importante pour vous?

 

Midi: Le plus important est que nous devons savoir si nos abonnés veulent discuter ou acheter. S'ils viennent nous voir pour parler sans but, nous ne répondons généralement pas. Les abonnés comme ceux-ci n'achèteront généralement pas et ne parleront pas de nous, il n'est donc pas stratégique de poursuivre une relation avec eux.

Cette interview a été réalisée en chinois par Yanan He.

Traduction en français par Anna Lataillade.